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11.5.2026

[Enquête] Un rebond sous surveillance ?

Si les cuisinistes ont signé, l’an passé, une croissance significative, l'industrie semble avoir, pour sa part, vécu un exercice plus en retrait… Ce qui n’est que partie remise, du reste : les bonnes performances “retail” de 2025 devraient se traduire dans les chiffres industriels au cours des mois à venir. Aussi tous les feux sont au vert pour les acteurs de la filière en 2026… À cela près que, compte tenu du contexte géopolitique actuel, la prudence reste pour l’heure de mise, nous confient ces derniers.

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Peut-on écrire que, pour la filière ressemblent ? Oui, sans doute, dans une certaine mesure ; en tout cas depuis trois ans… Après tout, le chiffre d’affaires “retail” réalisé par le marché français de l’ameublement est en repli continu depuis 2023 ; l’euphorie “Post-Covid” est donc bel et bien derrière nous.

Néanmoins, il convient de nuancer ce constat. En effet, les résultats enregistrés par la filière l’an passé font certes état d’un recul de 1,8 % (13,6 Md€ TTC) ; mais celui-ci est tout de même de moindre importance que lors des crus précédents (- 5,1 % en 2024 et -2,5 % en 2023). De fait, la CNEF, l’Ameublement français et l’IPEA, qui ont dévoilé lesdits résultats à la presse le mardi 3 février, parlent à juste titre de résilience et évoquent plusieurs éléments encourageants : « Le marché résiste bien malgré un immobilier neuf atone, bien en dessous des 300 000 unités en rythme annuel en ce qui concerne les mises en chantier ; et, si l’immobilier ancien renoue avec la croissance, les niveaux de transactions restent encore bien en-dessous de ceux du début des années 2020. »

Ou encore : « Le second semestre 2025 est bien mieux orienté que le premier, avec cinq mois en légère croissance de juillet à novembre, qui permettent au marché de se redresser au cours de la deuxième partie de l’année. Le second semestre (+ 0,5 %) permet en partie de rattraper la contre-performance du premier semestre (- 4 %). C’est d’ailleurs la première fois depuis la fin de l’exercice 2022 (septembre 2022 à janvier 2023) que le marché affiche au moins deux résultats mensuels positifs consécutifs. »

La cuisine se relance de fort belle manière !

Autre point important à signaler, la cuisine intégrée a signé, en 2025, un résultat qu’il convient de saluer : + 2 % en “retail”, soit 3,8 Md€ TTC. Du reste, elle est la seule, parmi toutes les familles de produits constituant la filière meuble (dont elle représente 27,6 % du CA total), à terminer l’exercice dans le vert !

RATTANA 8360 DE BALLERINA KÜCHEN

Ainsi le segment cuisine – qui avait dévissé de 6,9 % en 2023 et de 6,2 % en 2024 – interrompt sa dynamique baissière et se relance de la plus belle des manières. Du reste, la CNEF, l’Ameublement français et l’IPEA n’ont pas tari d’éloges sur cette performance : « En 2025, la cuisine se démarque nettement sur le marché du meuble, détaille à ce sujet Christophe Gazel, directeur général de l’IPEA. C’est le seul segment qui enregistre une croissance de son activité. Les communications des spécialistes cuisine tout au long de l’exercice auront su séduire le consommateur après deux crus en fort recul. Pour sa part, la grande distribution ameublement, après un premier semestre difficile, aura su redresser la barre en seconde partie d’année, grâce à d’importantes campagnes de communication. L’attrait du consommateur pour la pièce cuisine est donc toujours présent, comme nous l’ont montré les forts taux d’équipement des ménages au cours de la crise du Covid, et le segment n’aura pas eu besoin d’attendre une reprise plus soutenue de l’immobilier pour relancer ses ventes. »

Créer de la valeur… malgré une baisse de volume

Ce sont donc les spécialistes cuisine qui semblent avoir porté en grande partie la croissance du segment puisque, selon Christophe Gazel, ils ont progressé de 4,6 % en 2025 ! Toutefois, celui-ci a tenu à souligner la nature hétérogène de ces résultats : « Lorsque l’on annonce un + 4,6 % en valeur réalisé par les spécialistes cuisine, certains magasins peuvent douter de ce chiffre au regard de leur propre activité. Or il faut bien insister sur le fait que les performances signées par les différents acteurs du marché peuvent être très hétérogènes ; ceux qui ont les moyens de communiquer tirent leur épingle du jeu en générant du trafic, tandis que ceux qui pêchent dans ce domaine sont plus à la peine. »

Et de poursuivre : « Pendant trente ans, le marché a poursuivi son développement en voyant la valeur augmenter à l’aune du volume. Pourtant, depuis quelques années, ce même marché perd mécaniquement du volume. Or les acteurs de la cuisine, surtout les spécialistes, nous montrent qu’il est possible de continuer à créer de la valeur malgré la baisse de volume constatée. Pour ce faire, il convient néanmoins d’effectuer un travail conséquent en amont, notamment en ce qui concerne la communication, bien sûr, mais aussi la formation des forces de vente, afin que celles-ci tirent au mieux parti du trafic magasin. »

La fabrication en demi-teinte Soit ! Mais si la distribution de cuisines équipées, en France, s’est fort bien comportée l’an passé, l'industrie a-t-elle pareillement tiré son épingle du jeu ? Pas nécessairement…

ALCYONE DE MOREL®

Ainsi l’exercice 2025 s’est révélé, pour l’industriel Discac, « en demi-teinte, analyse Cédric Gauchet, son président : en effet, si l’activité cuisine est restée légèrement positive chez Discac, la forte baisse de la salle de bains a pesé sur la performance globale. En somme, nous avons “sauvé les meubles”, si vous me passez l’expression, avec une progression d’environ 1 % en cuisine, mais un recul marqué de l’ordre de 20 % en salle de bains, pour un atterrissage global légèrement négatif, autour de –2 % ; un résultat qui reste en deçà des standards habituels du groupe, certes, mais qui s’inscrit dans une conjoncture encore chahutée. »

De même, Stéphane Treboux, PDG de STF (marques Morel, Sagne Cuisines, Pronto, Ekimob), évoque, en ce qui concerne les résultats du groupe qu’il préside, « un exercice 2025 “à deux vitesses”. Le fait le plus marquant – et sans doute le plus révélateur de la physionomie actuelle du secteur – est la disparité des performances selon les marques du groupe et les circuits de distribution. D’un côté, le réseau de concessionnaires Morel affiche une performance remarquable, avec une croissance de plus de 22 % en 2025 ; une dynamique portée à la fois par le développement du réseau et par l’intégration de nouveaux points de vente. De l’autre, nos clients  indépendants, qui travaillent notamment avec Sagne Cuisines, ont souffert, tirant la performance globale du groupe STF vers le bas. Cela illustre bien le fait que les magasins insuffisamment animés ou accompagnés demeurent, dans ce contexte chahuté, en difficulté. »

Pour sa part, Schmidt Groupe (marques Schimidt et Cuisinella), leader du marché de la cuisine équipée en France, dévoile une performance jugée en interne comme satisfaisante : « Nous avons clos l’exercice 2025 avec un chiffre d’affaires fabricant de 585 millions d’euros, en léger recul par rapport à 2024, détaille David Roy, directeur commercial groupe ; en revanche, l’activité “retail” enregistre une progression de 7 %, pour atteindre l’équivalent d’environ 1,6 milliard d’euros. Au total, fin 2025, Schmidt Groupe comptait 921 points de vente dans le monde, dont 721 en France pour les marques Schmidt (373 magasins), Cuisinella (342 showrooms) et ID PRO (6 points de vente), ainsi que 200 magasins Schmidt à l’international. »

FIRENZE DE SCHMIDT

Des résultats décorrélés entre la distribution et la fabrication ?

Une performance satisfaisante, certes… mais qui confirme toutefois cette décorrélation constatée, l’an passé, entre la progression signée par la distribution d’une part, et le repli enregistré par les industriels d’autre part. « La fabrication française a reculé d’environ 5,5 % en 2025, détaille Cédric Gauchet, président de Discac. Or je ne vous cache pas que ce “décalage” a surpris nombre d’acteurs du marché… Renseignements pris, il s’expliquerait cependant par un allongement inhabituel du délai entre la vente en magasin et la mise en production en usine : plus concrètement, nous observons un effet de décalage temporel, déjà constaté après le Covid, mais beaucoup plus marqué cette fois-ci, avec parfois près d’un an d’écart. » Il poursuit par ailleurs son raisonnement en expliquant que « dans ce contexte, les réseaux de distribution ont pu afficher des performances encourageantes en 2025, tandis que les industriels, eux, continuaient de subir les effets du ralentissement passé. Une situation qui devrait logiquement s’inverser en 2026 : ce qui a été vendu lors de l'exercice précédent va forcément être fabriqué. Donc les usines devraient bénéficier, dans les mois à venir, de la reprise observée en distribution l’an dernier. »

RESSOURCE DE CHARLES RÉMA

Quant à Stephane Treboux, il estime que « si certains indicateurs sectoriels, comme ceux de l’IPEA, évoquent une relative bonne tenue de la distribution de cuisines équipées, avec notamment des spécialistes annoncés autour de + 4,6 %, la réalité du terrain apparaît plus nuancée. Je pense, pour ma part, que ces chiffres relètent surtout l’activité des “grosses cylindrées” du marché français. »

Parmi les “grosses cylindrées” en question, on songe immédiatement – cela va sans dire – à Schmidt Groupe. Interrogé au sujet des résultats contrastés entre industrie et distribution, David Roy partage le constat de Cédric Gauchet : « Le décalage observé entre la dynamique du “retail” et le léger recul de la fabrication peut surprendre, mais nous l’expliquons essentiellement par un effet de temporalité : entre le moment où un consommateur signe son projet et celui où ledit projet est fabriqué puis livré, les délais peuvent être très variables. Certains projets se concrétisent en quelques semaines, d’autres s’inscrivent sur plusieurs mois, voire davantage. Aussi pensons nous que les bonnes performances “retail” de 2025 se traduiront plus clairement dans les chiffres industriels cette année. »

COLLECTION CUISINES 2026-2027 DE DISCAC

Un nouvel espoir ?

L’année 2026 se révélerait-elle, dès lors, prometteuse pour les fabricants ? C’est en tout cas ce que pense Cédric Gauchet : « Porté par le lancement officiel début février de notre nouvelle collection 2026-2027, l’exercice en cours s’ouvre sous de meilleurs auspices pour nous, se réjouit-il. Ainsi, après un début d’année difficile (les mois de janvier et de février ont été pénalisés car nos clients temporisaient en attendant les nouveautés), l’activité a connu une nette accélération dès le mois de mars. Jugez plutôt : nous avons enregistré une hausse de 30 % entre février et mars, et avril est, à date, encore au-dessus. Il se passe donc clairement quelque chose avec cette collection ; et si une partie de cette progression relève d’un simple rattrapage, je dirais tout de même que les premiers signaux confirment également un réel succès commercial. »

Quant à Stéphane Treboux, il considère que « ce début d’année reste marqué par une certaine prudence, liée notamment au climat géopolitique (qui continue de peser sur la confiance des consommateurs), ainsi qu’aux échéances électorales à venir. Pour autant, les signaux ne sont pas entièrement négatifs : nous continuons, par exemple, de bénéficier – dans les magasins Morel détenus en propre par l'enseigne – d’une fréquentation satisfaisante, et le panier moyen poursuit sa progression. De plus, les consommateurs, désormais mieux informés en amont grâce au digital et aux réseaux sociaux, arrivent en point de vente avec un projet déjà mûri, ce qui favorise des taux de transformation élevés. »

NEGRESCO DE XTONE (PORCELANOSA)

Pour sa part, Roberto Gramaccioni, directeur général de Scavolini France (fabricant transalpin de renom), préfère, « dans un environnement international marqué par de nombreuses incertitudes, rester prudent dans mes projections ; il existe aujourd’hui suffisamment de facteurs d’instabilité pour éviter toute vision trop linéaire à moyen terme. En revanche, les indicateurs dont nous disposons à ce stade — tant en termes d’activité que de développement — nous donnent de bonnes raisons d’être confiants pour la suite de l’année en cours. »

Et de préciser que, « sur le plan du développement, la France et la Belgique restent des territoires stratégiques pour nous, avec une dynamique d’expansion qui se poursuit. De plus, plusieurs projets sont actuellement en cours de concrétisation, notamment dans le sud de la France, avec des implantations à fort potentiel. Cette dynamique commerciale s’accompagne d’un contexte globalement positif en ce début d’année 2026 : les trois premiers mois ont été très encourageants, avec une progression des commandes sur l’ensemble de nos catégories de produits, et pas uniquement sur la cuisine. »

S’agissant de 2026, David Roy qualifie quant à lui « l’année en cours de “challengeante”… et même d’ores et déjà “challengeée”. En effet, nous faisons face à une instabilité devenue presque structurelle depuis le Covid : crise énergétique, inflation, tensions géopolitiques, incertitudes économiques, etc. Cela crée un environnement mouvant, dans lequel il faut à la fois rester prudent et continuer à avancer. »

EVERY TIME DE SCAVOLINI

Tensions sur les coûts

C’est le moins que l’on puisse dire ! À l’heure où nous écrivons ces lignes (mercredi 22 avril), le contexte géopolitique, notamment au Moyen-Orient, est tel qu’il est difficile de se projeter concernant l’atterrissage 2026. Un sujet, notamment, a souvent été évoqué lors des entretiens menés par la rédaction de Cuisines & Bains Magazine avec les acteurs du marché : le coût des matières premières : « Discac aborde 2026 avec un objectif de croissance compris entre 5 et 10 %, dévoile à ce sujet Cédric Gauchet. Une ambition raisonnable, à mes yeux… mais qui reste naturellement conditionnée à un contexte géopolitique encore incertain. Car malgré les dynamiques commerciales, les tensions sur les coûts pourraient rapidement rebattre les cartes. Les fabricants de panneaux, par exemple, ont déjà annoncé des hausses comprises entre 3 et 9 %, liées notamment à l’augmentation du prix des composants chimiques issus du pétrole. Ça n’est pas encore dramatique mais, sur notre principale catégorie d’achats, ça n’est pas non plus anodin. Pour l'heure, nous avons fait le choix de ne pas répercuter ces augmentations auprès de nos clients cuisinistes ; mais si cette situation de tension sur les prix perdure, la question se posera. »

TRAVERTINO NAVONA WHITE D'ATLAS PLAN

Stéphane Treboux confirme lui aussi cet état de fait : « Depuis la seconde quinzaine de mars, l’ensemble (ou presque) de nos fournisseurs nous sollicitent pour appliquer des hausses de prix, dont certaines sont particulièrement significatives. Ces augmentations nous sont imposées sans réelle possibilité de négociation, nous plaçant ainsi devant le fait accompli. Nous espérons donc vivement une amélioration de la situation au Moyen-Orient, qui permettrait aux fournisseurs de reconsidérer leur position. »

Tous, pourtant, ne semblent pas souffrir autant desdites augmentations… en particulier les “grosses cylindrées” du marché français évoqué par Stéphane Treboux en début d’article. Ainsi, « concernant la situation géopolitique actuelle, Schmidt Groupe reste, pour l’heure, relativement préservés des tensions sur les coûts des matières premières, notamment parce que nous privilégions des approvisionnements français et européens, souligne David Roy. Nous entretenons également des relations étroites avec nos fournisseurs, ce qui permet de mieux anticiper les évolutions. Enfin, notre engagement RSE engagé depuis plusieurs années nous rend plus résilients : nous avons beaucoup investi sur les sujets énergétiques et industriels, ce qui amortit certains chocs extérieurs. En revanche, il est clair que le climat géopolitique et économique actuel pèse sur le moral des ménages ; et, même si celui-ci reste difficile à quantifier précisément, nous percevons une forme d’attentisme chez certains consommateurs. »

En espérant que celui ne soit que passager !

NARA DE DEKTON® BY COSENTINO
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