
Cédric Gauchet, président, Discac
Paroles de pros : Cédric Gauchet (Discac)
Rien de tel, pour prendre le pouls du marché, que de donner la parole à ceux qui l’animent. À découvrir, donc, dans les semaines qui suivent, les témoignages d’acteurs de la profession qui détaillent le bilan de l’année 2025 et décryptent les perspectives 2026. Cette semaine, Cédric Gauchet, président du fabricant français de meubles de cuisine Discac.
« Dans un contexte de marché toujours contrasté en 2025, nous avons a vécu un exercice en demi-teinte : en effet, si l’activité cuisine est restée légèrement positive chez Discac, la forte baisse de la salle de bains a pesé sur la performance globale. En somme, nous avons “sauvé les meubles”, si vous me passez l’expression, avec une progression d’environ 1 % en cuisine, mais un recul marqué de l’ordre de 20 % en salle de bains, pour un atterrissage global légèrement négatif, autour de –2 % ; un résultat qui reste en deçà des standards habituels du groupe, certes, mais qui s’inscrit dans une conjoncture encore chahutée.
Un mot au sujet de notre contre-performance en salle de bains, qui représente moins de 10 % de notre activité aujourd’hui et s’explique avant tout par des choix internes : nous avons en effet priorisé l’activité cuisine, qui a concentré l’essentiel de nos efforts, tant sur le plan commercial que produit. Dans ces conditions, il était difficile pour Discac de concurrencer efficacement les spécialistes du meuble de salle de bains, qui s’investissent à 100 % sur ce créneau.

Au-delà de cette photographie interne, les chiffres du marché interrogent. D’un côté, l’IPEA fait état d’une relative bonne tenue de la distribution cuisine, avec une progression pouvant atteindre 4,6 % chez les spécialistes ; de l’autre, la fabrication française recule d’environ 5,5 %. Or je ne vous cache pas que ce “décalage” a surpris nombre d’acteurs du marché… Renseignements pris, il s’expliquerait cependant par un allongement inhabituel du délai entre la vente en magasin et la mise en production en usine : plus concrètement, nous observons un effet de décalage temporel, déjà constaté après le Covid, mais beaucoup plus marqué cette fois-ci, avec parfois près d’un an d’écart.
Dans ce contexte, les réseaux de distribution ont pu afficher des performances encourageantes en 2025, tandis que les industriels, eux, continuaient de subir les effets du ralentissement passé. Une situation qui devrait logiquement s’inverser en 2026 : ce qui a été vendu lors de l'exercice précédent va forcément être fabriqué, donc les usines devraient bénéficier, dans les mois à venir, de la reprise observée en distribution l’an dernier.

De fait, l’exercice en cours – porté par le lancement officiel début février de notre nouvelle collection 2026-2027 – s’ouvre sous de meilleurs auspices pour nous. Ainsi, après un début d’année difficile (les mois de janvier et de février ont été pénalisés car nos clients temporisaient en attendant les nouveautés), l’activité a connu une nette accélération dès le mois de mars. Jugez plutôt : nous avons enregistré une hausse de 30 % entre février et mars, et avril est, à date, encore au-dessus. Il se passe donc clairement quelque chose avec cette collection ; et si une partie de cette progression relève d’un simple rattrapage, je dirais tout de même que les premiers signaux confirment également un réel succès commercial.
Discac aborde ainsi 2026 avec un objectif de croissance compris entre 5 et 10 %. Une ambition raisonnable, à mes yeux… mais qui reste naturellement conditionnée à un contexte géopolitique encore incertain. Car malgé les dynamiques commerciales actuelles, les tensions sur les coûts pourraient rapidement rebattre les cartes. Les fabricants de panneaux, par exemple, ont déjà annoncé des hausses comprises entre 3 et 9 %, liées notamment à l’augmentation du prix des composants chimiques issus du pétrole. Ça n’est pas encore dramatique mais, sur notre principale catégorie d’achats, ça n’est pas non plus anodin.
Pour l'heure, nous avons fait le choix de ne pas répercuter ces augmentations auprès de nos clients cuisinistes ; mais si cette situation de tension sur les prix perdure, la question se posera. »



