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FLAIR DE SCAVOLINI. Avec ce modèle, le fabricant transalpin pousse un peu plus loin sa stratégie de « home total look ». Déclinée aussi bien dans la cuisine que dans la salle de bains et le séjour, la collection reprend un même vocabulaire de formes, de matériaux et de finitions afin d'assurer une continuité esthétique entre les différents espaces de la maison ; une illustration concrète de cette nouvelle approche où le mobilier participe à une vision globale de l’habitat. © Livio Fantozzi

7.7.2026

[Enquête] La fin des frontières entre la cuisine, la salle de bains... et le reste de l'habitat ?

Pour plusieurs industriels – principalement italiens – longtemps spécialisés dans le meuble de cuisine, les frontières entre les différentes pièces de la maison, notamment entre la cuisine et la salle de bains, s'estompent progressivement. En développant un même langage esthétique à travers des collections capables de dialoguer entre elles, ces fabricants ne se contentent plus de vendre des meubles : ils proposent une vision globale de l'habitat. Une évolution de fond qui pourrait influencer durablement les stratégies de l'industrie… comme celles de la distribution.

Article réalisé en partenariat avec Concept Bain

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Pendant longtemps, les industriels de l'ameublement ont pensé la maison par pièces ; la cuisine, la salle de bains, le séjour ou le dressing constituaient autant d'univers indépendants, chacun avec ses fabricants spécialisés, ses réseaux de distribution et ses propres codes esthétiques. Or cette segmentation, qui a structuré le marché pendant plusieurs décennies, semble aujourd'hui amorcer une profonde évolution.

En effet, à l'occasion de la dernière édition de la Milan Design Week, plusieurs fabricants de meubles de cuisine – pour la plupart italiens – ont envoyé un signal particulièrement révélateur. Sur leurs stands et dans leurs showrooms, la cuisine n'était plus présentée comme un espace autonome, mais comme l'une des composantes d'un habitat global où salon, bureau, dressing et (parfois) salle de bains dialoguaient naturellement. Plus que des collections de mobilier, les visiteurs découvraient des mises en scène domestiques, construites autour d'un même langage esthétique.

Incidemment, le phénomène dépasse largement l'exercice de style ; il accompagne l'évolution des attentes des particuliers comme des prescripteurs. Les projets de rénovation globale se multiplient, les architectes d'intérieur occupent une place croissante dans la conception des logements et la recherche de continuité entre les différentes pièces devient un critère de plus en plus déterminant. Aussi les matériaux, les couleurs, les proportions ou les détails de finition ne sont-il plus choisis uniquement pour une seule cuisine ou salle de bains, mais pour assurer la cohérence de l'ensemble du projet.

Cette transformation traduit également l'évolution de l'architecture résidentielle. Avec la généralisation des espaces ouverts, la cuisine s'est progressivement affranchie de son statut de pièce fermée pour devenir le prolongement naturel du séjour. Dans cette logique, il n'est guère surprenant que le même vocabulaire esthétique s'étende aujourd'hui jusqu'à la salle de bains.

Pour les industriels, cette évolution représente évidemment une opportunité commerciale : en investissant plusieurs espaces de la maison, ils augmentent la valeur de chaque projet tout en fidélisant davantage leurs distributeurs et leurs clients. Mais réduire ce mouvement à une simple diversification serait passer à côté de l'essentiel. Car ce qui évolue aujourd'hui n'est pas seulement l'étendue des catalogues : c'est la manière même de concevoir le mobilier.

Du meuble au système

Jusqu'alors, lorsqu'un fabricant de meubles de cuisine décidait d'investir le marché de la salle de bains, il développait une collection spécifique, souvent conçue comme une activité complémentaire ; les deux univers coexistaient sans véritable dialogue.

Toutefois, plusieurs industriels adoptent désormais une approche sensiblement différente. Les collections ne sont plus pensées indépendamment les unes des autres ; elles deviennent les déclinaisons d'un même système de conception. Les matériaux, les façades, les profils, les jeux de volumes, les finitions ou encore les détails constructifs composent une véritable « grammaire » commune (pour reprendre l'expression de l'un des acteurs du marché), capable de s'exprimer dans plusieurs espaces de la maison.

Autrement dit, le meuble cesse progressivement d'être un objet autonome pour devenir peu à peu l'un des éléments d'un projet architectural global.

Du reste, le vocabulaire employé par les fabricants traduit parfaitement cette évolution. Les communiqués de presse parlent désormais de « systèmes », de « continuité », de « langage », de « vision de l'habitat » ou encore de « projet global ». D’ailleurs, les designers eux-mêmes ne raisonnent plus uniquement en termes de cuisine ou de salle de bains, mais d'expérience domestique et d'architecture intérieure.

Cette évolution est loin d'être anodine et traduit une montée en puissance du design comme outil de cohérence. Le rôle du concepteur ne consiste donc plus seulement à dessiner un meuble, mais à créer une identité capable de traverser les différentes pièces de la maison sans perdre sa personnalité.

Pour les distributeurs, cette approche ouvre également de nouvelles perspectives. Elle leur permet d'accompagner des projets beaucoup plus larges et de répondre aux attentes des architectes d'intérieur, qui recherchent des marques capables d'offrir une continuité esthétique sur l'ensemble d'un logement.

Tous les fabricants n'empruntent cependant pas le même chemin. Si certains demeurent volontairement spécialisés dans la cuisine, d'autres développent progressivement une offre coordonnée pour plusieurs espaces… tandis que d’autres encore vont plus loin en proposant de véritables systèmes d’aménagement, dont la cuisine et la salle de bains ne sont plus que deux expressions parmi d'autres, nombreuses.

Scavolini, le précurseur

Dans cette évolution, Scavolini occupe une place particulière. Dès 2012, le fabricant de Montelabbate (province de Pesaro et Urbino) faisait le choix d'étendre son activité à la salle de bains, bien avant que cette stratégie ne devienne une tendance de fond. Depuis, son offre s'est progressivement enrichie avec des collections destinées au séjour, aux dressings, à la chambre à coucher, aux bureaux et à la salle de bains, jusqu'à constituer ce que l'entreprise désigne aujourd'hui comme un véritable « home total look ».

Treize ans plus tard, cette stratégie atteint une nouvelle maturité. En effet, les collections dévoilées lors de l’édition 2026 d’EuroCucina ne cherchent plus seulement à équiper plusieurs pièces de la maison ; elles proposent un langage esthétique unique, décliné dans chacun des espaces.

Avec Flair, Scavolini imagine ainsi un système où cuisine, séjour et salle de bains partagent les mêmes codes formels. Les profils courbes, les volumes adoucis, les meubles terminaux arrondis, les niches concaves et les finitions créent une continuité immédiatement perceptible. L'entreprise revendique d'ailleurs un projet dans lequel « la cuisine, le salon et la salle de bains se complètent dans une vision cohérente, élégante et fonctionnelle ».

Cette recherche de cohérence était d’ailleurs déjà au cœur du projet Stilo, présenté quelques années plus tôt. Imaginée par le studio Spalvieri & Del Ciotto, la collection repose sur un élément cylindrique qui devient tour à tour poignée, étagère, barre lumineuse ou accessoire, assurant une continuité visuelle entre cuisine, salon, bureau et salle de bains. Plus qu'une nouvelle collection, Stilo traduit la volonté de Scavolini de penser l'habitat comme un ensemble cohérent plutôt que comme une succession de pièces indépendantes.

STILO (DESIGN SPALVIERI & DEL CIOTTO) DE SCAVOLINI. Cuisine et salle de bains parlent désormais le même langage... Scavolini en fait la preuve avec sa collection Stilo qui, déclinée dans les deux univers, illustre l'une des évolutions naissantes de l'industrie de l'ameublement : le passage d'une logique de produits à une logique d'habitat global. © Livio Fantozzi

Pour autant, la marque reste résolument fidèle à son histoire. Son développement vers la salle de bains procède d'une logique de diversification progressive : la cuisine demeure le cœur historique de l'activité de l'entreprise, autour de laquelle viennent désormais graviter les autres espaces de la maison.

Cesar : vers une conception plus globale et intégrée

Si Scavolini a progressivement élargi son périmètre d'activité, la démarche dévoilée cette année par le fabricant vénitien Cesar traduit une évolution encore différente.

En effet, celui-ci ne présente pas son arrivée sur le marché de la salle de bains comme une diversification de catalogue, mais comme « une étape supplémentaire dans l'évolution de la marque vers une conception toujours plus globale et intégrée du design d'intérieur ». Le choix des mots est révélateur : il est moins question d'ajouter une nouvelle famille de produits que de prolonger un même projet d'habitat au-delà des frontières traditionnelles des différentes catégories d'ameublement.

MAXIMA 2.2 DE CESAR. Ce projet transpose à la salle de bains la même logique évolutive qui caractérise la cuisine éponyme, grâce à une structure flexible et personnalisable capable de s’adapter à différents contextes. Des volumes épurés, des détails intégrés et de vastes possibilités de configuration définissent un projet contemporain pensé pour dialoguer avec l’architecture de l’espace de vie.

Cette philosophie se traduit directement dans les collections. Plutôt que de créer une ligne totalement indépendante, Cesar transpose dans la salle de bains plusieurs de ses collections emblématiques — Maxima 2.2, Unit et Intarsio — auxquelles vient s'ajouter Ondula, spécifiquement imaginée pour cet univers.

Les principes de conception demeurent inchangés : modularité, sobriété des volumes, continuité des matériaux et personnalisation des configurations deviennent les fils conducteurs d'un projet capable de s'adapter à plusieurs espaces de la maison.

Cette stratégie marque une rupture avec les démarches de diversification plus classiques. La salle de bains n'est plus pensée comme un marché complémentaire ; elle devient une nouvelle expression d'un langage de conception existant. Les mêmes proportions, les mêmes finitions et la même attention portée aux détails permettent d'assurer une continuité immédiate entre les différentes pièces du logement.

INTARSIO (DESIGN GARCIA CUMINI) DE CESAR. Ce modèle introduit dans la salle de bains une dimension plus matérielle et décorative, valorisant le détail et le travail des surfaces comme éléments distinctifs du projet. La collection se caractérise par un équilibre affirmé entre savoir-faire artisanal et contemporanéité, à travers des textures, des géométries et des finitions qui apportent profondeur et caractère à l’espace.

Au-delà du produit, Cesar revendique ainsi une approche fondée sur des « systèmes cohérents capables de dialoguer harmonieusement au sein de l'espace domestique ». Une formulation qui résume parfaitement la nouvelle ambition de plusieurs industriels italiens : ne plus vendre uniquement des cuisines, mais proposer une vision globale de l'habitat.

Modulnova : l'architecture avant le mobilier

Cette logique atteint probablement son expression la plus aboutie chez Modulnova. Depuis sa création, la marque s'est progressivement développée autour d'une même ambition : construire un univers cohérent plutôt que juxtaposer des familles de produits. Après les cuisines, elle investit la salle de bains dès 2000, puis le living en 2011, en conservant un vocabulaire esthétique unique et une exigence constante dans le choix des matériaux. Le projet Atelier illustre d’ailleurs parfaitement cette philosophie.

À première vue, il s'agit d'une salle de bains haut de gamme. Pourtant, le discours développé par Modulnova porte très peu sur le meuble lui-même. Il est question d'interprétation architecturale, de dialogue entre la pierre, le métal, le bois et le verre, de lumière rasante, de rythmes des surfaces ou encore de « grammaire ouverte ». Les boiseries structurent l'espace comme des éléments d'architecture, tandis que les matériaux composent une véritable écriture spatiale.

ATELIER DE MODULNOVA. Chez Modulnova, cuisine et salle de bains ne sont plus conçues comme deux univers distincts, mais comme les déclinaisons d'un même projet architectural. Matériaux, rythmes, proportions et jeux de volumes composent un langage commun qui dépasse la simple collection coordonnée pour proposer une vision unifiée de l'habitat.

Cette approche dépasse largement la notion de collection coordonnée. Chez Modulnova, cuisine, salle de bains et salon apparaissent comme différentes déclinaisons d'un même système architectural. Le mobilier devient presque secondaire ; ce qui prime, c'est la cohérence de l'ensemble et la qualité de l'expérience spatiale.

Cette différence est essentielle. Là où certains fabricants enrichissent progressivement leur catalogue, Modulnova développe avant tout un langage susceptible de générer plusieurs typologies d'espaces. Une démarche qui rapproche incidemment l'entreprise d'acteurs comme Boffi, davantage identifiés comme des éditeurs de systèmes d'aménagement que comme de simples fabricants de cuisines.

Élargir son regard sur le projet

Cette évolution ne concerne d'ailleurs pas uniquement les industriels ; elle pourrait également modifier, à moyen terme, les équilibres de la distribution spécialisée.

Jusqu'à présent, les métiers demeuraient relativement cloisonnés : les cuisinistes développaient leur expertise autour de la conception de cuisines et, plus récemment, de dressings ou d'espaces de vie ; de leur côté, les bainistes maîtrisaient les contraintes propres à la salle de bains, qu'il s'agisse des aspects techniques, de l'accessibilité ou du bien-être.

Or l'émergence de collections coordonnées, si elle ne remet pas en cause ces compétences, peut cependant contribuer à offrir de nouvelles perspectives aux distributeurs spécialisés de cuisine et/ou de salle de bains.

En effet, un cuisiniste capable de proposer une cuisine et une salle de bains partageant les mêmes matériaux, les mêmes façades, les mêmes coloris ou les mêmes détails de conception peut désormais accompagner un projet de rénovation dans sa globalité. À l'inverse, les spécialistes de la salle de bains pourraient, à l’avenir, être de plus en plus confrontés à des clients qui souhaitent retrouver, dans cette pièce, le langage esthétique développé dans le reste de leur logement.

Le défi consiste donc moins à élargir son catalogue qu'à élargir son regard sur le projet. Du reste, les showrooms eux-mêmes pourraient évoluer. De fait, certains acteurs de la filière, plutôt que de juxtaposer des espaces distincts, privilégient déjà des mises en scène où cuisine, séjour et salle de bains composent un même parcours, illustrant la continuité des matériaux et des finitions à l'échelle de toute la maison.

Le rôle croissant des prescripteurs

Cette évolution est également portée par la montée en puissance des architectes et architectes d'intérieur. Leur approche diffère de celle des spécialistes de chaque pièce. Là où un cuisiniste ou un bainiste raisonne naturellement en fonction d'un espace donné, le prescripteur conçoit un projet dans son ensemble ; son objectif est d'assurer une continuité entre les volumes, les matières, les couleurs et les détails, afin de construire une véritable identité intérieure.

Dans ce contexte, les fabricants capables de proposer un langage cohérent d'une pièce à l'autre disposent d'un avantage évident. Ils simplifient le travail de conception tout en répondant à une attente de plus en plus forte des particuliers : retrouver une même signature esthétique dans l'ensemble de leur habitat.

Il n'est d'ailleurs pas anodin que les industriels parlent aujourd'hui davantage de « systèmes », de « continuité » ou de « projet global » que de collections. Le meuble n'est plus présenté comme un objet autonome, mais comme l'un des composants d'une architecture intérieure pensée dans sa globalité.

Une tendance émergente... mais déjà significative

Faut-il pour autant imaginer que tous les fabricants de cuisines équipées proposeront demain des meubles de salle de bains ? Probablement pas. De nombreux acteurs continuent de concentrer leurs investissements sur leur cœur de métier, considérant que leur valeur réside avant tout dans leur expertise de la cuisine.  Cette spécialisation demeure parfaitement pertinente, notamment sur les marchés où la technicité, l'innovation ou la puissance industrielle constituent les principaux facteurs de différenciation.

En revanche, les initiatives portées par des acteurs tels que Scavolini, Cesar ou encore Modulnova montrent qu'une nouvelle voie s'ouvre progressivement : une voie où la valeur ne réside plus seulement dans la qualité d'un meuble ou d'une collection, mais dans la capacité d'une marque à proposer une vision cohérente de l'habitat.

Cette évolution accompagne des mutations plus profondes : montée des projets de rénovation globale, développement des espaces ouverts, importance croissante des architectes d'intérieur, recherche d'une identité esthétique forte… Autant de tendances qui favorisent une approche transversale de l'aménagement de la maison.

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