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David Roy, directeur commercial groupe, Schmidt Groupe
Paroles de pros : David Roy (Schmidt Groupe)
Rien de tel, pour prendre le pouls du marché, que de donner la parole à ceux qui l’animent. À découvrir, donc, dans les semaines qui suivent, les témoignages d’acteurs de la profession qui détaillent le bilan de l’année 2025 et décryptent les perspectives 2026. Cette semaine, David Roy, directeur commercial groupe de Schmidt Groupe.
« L'année 2025 s’est révélée globalement positive pour Schmidt Groupe, dans un contexte pourtant resté tendu pour l’ensemble du marché. Nous avons ainsi clos l’exercice avec un chiffre d’affaires fabricant de 585 millions d’euros, en léger recul par rapport à 2024 ; en revanche, l’activité “retail” enregistre une progression de 7 %, pour atteindre l’équivalent d’environ 1,6 milliard d’euros.
Au total, fin 2025, Schmidt Groupe comptait 921 points de vente dans le monde, dont 721 en France pour les marques Schmidt (373 magasins), Cuisinella (342 showrooms) et ID PRO (6 points de vente), ainsi que 200 magasins Schmidt à l’international.
Le décalage observé entre la dynamique du “retail” et le léger recul de la fabrication peut surprendre, mais nous l’expliquons essentiellement par un effet de temporalité : entre le moment où un consommateur signe son projet et celui où ledit projet est fabriqué puis livré, les délais peuvent être très variables. Certains projets se concrétisent en quelques semaines, d’autres s’inscrivent sur plusieurs mois, voire davantage. Aussi pensons-nous que les bonnes performances “retail” de 2025 se traduiront plus clairement dans les chiffres industriels cette année.

Autre fait marquant l’an passé : la montée en puissance de l’international, qui représente désormais 13 % de notre chiffre d’affaires. Cette dynamique repose principalement sur nos implantations européennes, notamment en Belgique, en Suisse, au Royaume-Uni, en Espagne et dans les pays nordiques. Je retiens également, parmi les évolutions notables, la progression de l’activité habitat – dressing, coin salon, meuble TV, rangements – qui pèse aujourd’hui près de 11 % de notre CA ; ce qui confirme que, si la cuisine reste notre cœur de métier, elle s’inscrit néanmoins de plus en plus dans une logique globale d’aménagement de l’habitat.
Enfin, 2025 a également été une année de clarification stratégique sur certains projets plus exploratoires. À titre d’exemple, nous avions lancé il y a deux ans la marque Spoon & Room, avec une cible urbaine, jeune et locative, autour d’une offre plus mobile et plus flexible. Depuis, nous avons fait l’acquisition de Cubro, une start-up espagnole positionnée sur une cible très proche. Nous avons donc choisi de mettre Spoon & Room en sommeil pour concentrer nos efforts sur Cubro, dans une logique de rationalisation et d’efficacité. En parallèle, nous accélérons le développement de notre CA auprès des professionnels à travers notre branche dédiée au B to B : ID PRO.
Concernant la situation géopolitique actuelle, nous restons, pour l’heure, relativement préservés des tensions sur les coûts des matières premières, notamment parce que nous privilégions des approvisionnements français et européens. Nous entretenons également des relations étroites avec nos fournisseurs, ce qui permet de mieux anticiper les évolutions. Enfin, notre engagement RSE engagé depuis plusieurs années nous rend plus résilients : nous avons beaucoup investi sur les sujets énergétiques et industriels, ce qui amortit certains chocs extérieurs. En revanche, il est clair que le climat géopolitique et économique actuel pèse sur le moral des ménages ; et, même si celui-ci reste difficile à quantifier précisément, nous percevons une forme d’attentisme chez certains consommateurs.

S’agissant de 2026, je qualifierais l’année en cours de “challengeante”… et même déjà “challengeée”. En effet, nous faisons face à une instabilité devenue presque structurelle depuis le Covid : crise énergétique, inflation, tensions géopolitiques, incertitudes économiques, etc. Cela crée un environnement mouvant, dans lequel il faut à la fois rester prudent et continuer à avancer.
L’autre grand enjeu est naturellement technologique. Nous intégrons de plus en plus les outils digitaux et les possibilités offertes par l’intelligence artificielle. Nous avons par exemple lancé, en ce début d’année, des vues de projets extrêmement réalistes générées en un clic, qui permettent au consommateur de mieux se projeter. Mais ce qui est intéressant, c’est que cette montée en puissance de la technologie ne fait pas disparaître le besoin de relation humaine ; au contraire, elle le renforce. Plus les outils digitaux progressent, plus les consommateurs attendent aussi une proximité réelle, un accompagnement incarné, une expertise humaine. C’est un paradoxe très stimulant, et c’est exactement dans cette direction que nous souhaitons continuer d’avancer. »


